« En deux générations, les manifestations catholiques et rigoristes de la religion ont desserré leur étau, les berlines ont remplacé les 2CV et l’Italie a perdu son goût de pays exotique. Mais le rire franc, direct, ce rire de cabaret qui transcende les époques est resté vivant. » La Liberté
Odile adore parler, autrement dit c’est une sacrée « batoye ou encore batoille ». Ses amis l’encouragent à monter sur les planches… ce qu’elle accepte. Odile ? C’est Anne-Marie Yerly, comédienne originaire de Treyvaux. En collectant des histoires terriblement tristes ou terriblement drôles, cette remarquable comédienne dresse une fresque colorée des us et coutumes du Canton de Fribourg avant mai 68. Mais tous les valaisans s’y reconnaîtront immédiatement.
Avec l’accent et les expressions de la Gruyère, elle donne vie à une foule de personnages hauts en couleur. Certains sont réels et théâtralisés, d’autres ont été complètement inventés. Par contre, ils font tous partie du paysage culturel d’ Anne-Marie Yerly et sa complice metteur en scène Gisèle Sallin. Ce sont des figures tragiques et comiques de leur enfance. Mais elles pourraient tout aussi bien sortir de Molière, Marivaux ou George Sand.
Né d’improvisations, il y 28 ans maintenant, le spectacle n’a pas pris une ride! Au contraire, il fait résonner avec tendresse, humour et émotion des thèmes qu’il nous semble avoir lu la veille dans le journal. Certaines de ces histoires ont crevé des abcès. Hier comme aujourd’hui, Allume la rampe, Louis ! engendre une libération de la parole. Cette langue est pleine d’une riche poésie.
«Il y a 30 ans, je ressentais une grande colère et de la révolte envers l’éducation que j’avais reçue, une sorte de manipulation de l’esprit à travers la religion. Sur le moment, cette pièce m’a aidée à évoluer pour continuer mon chemin. C’était une sorte de thérapie. Les gens se souviennent des moments drôles, mais moi j’ai encore le souvenir du côté provocateur de ma démarche, qui m’a demandé beaucoup d’efforts et d’énergie. Aujourd’hui, j’ai pris du recul. Au lieu d’être dans les labours, je suis dans la moisson. La reprise de ce spectacle est comme une récompense de tout le cheminement personnel accompli.» Anne-Marie Yerly